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Consolidation de la paix

L’indépendance est-elle jamais arrivée au Congo ?

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A la veille du 62ème anniversaire de l’Indépendance de la République Démocratique du Congo, nous avons posé des questions à Mr. Constantin Charhondagwa, un citoyen congolais de Bukavu depuis toute une vie engagée dans le social.

Nous sommes à la veille du 62ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo. Quel regard portez-vous sur l’histoire de votre pays ?

Nous n’avons pas eu de chances, ici chez nous. D’abord nous avons été mal colonisés, parce qu’à l’époque le Belge ne voulait pas que le Congolais se développe. Ils ont amené un système d’apartheid – les Blancs et les Noirs devaient habiter dans des endroits séparés, il y avait des bars, des salles de cinéma où les Noirs ne pouvaient pas entrer. Le Congolais ne pouvait pas dépasser la 4ème année des Humanités. Si un garçon de l’école primaire se montrait très intelligent, après la 6ème était déjà recruté comme enseignant. Mais cela n’a pas empêché qu’il y ait des cadres qui se sont révoltés et ont réclamé l’indépendance : elle a été donnée comme quelque chose jetée sur la figure, sans un programme de formation.

Tout juste une semaine après le 30 juin 1960, des para-commandos belges ont parachuté à Lubumbashi au Katanga, car la Belgique tenait coûte que coûte à garder la partie minière du pays. Ils ont créé ce qu’ils ont appelé la « sécession katangaise » et une autre sécession au Kasaï, où il y avait les diamants. C’était aussi pour asphyxier le gouvernement central de Lumumba, car c’étaient les deux provinces qui fournissaient le budget de l’Etat. Enfin, ils l’ont fait assassiner et depuis lors, les services de l’intelligentsia, surtout la CIA et les services de sécurité belges, ont eu la mainmise sur le Congo.

Ce sont eux qui ont commencé à désigner celui qui dirigera le pays, en se soumettant à leur ligne de conduite. Ainsi, nous ont-ils amené Mobutu, qu’ils ont soutenu pendant trois décennies, malgré tout ce qu’il commettait comme gaffes, de mémé qu’ils soutiennent Kagamé au Rwanda aujourd’hui. A telle enseigne que toutes les autorités politiques étaient des mercenaires.

Cela a démoralisé la population. Aujourd’hui, d’un jeune menteur on dit : « Il est politicien ! ». Faire la politique, dans l’esprit des gens, c’est mensonge, crime… Ce qui est vrai, parce que tous ceux que nous avons eus comme dirigeants ce sont des démagogues : ils parlent, mais ils ne font pas ce qu’ils disent. Aujourd’hui si vous demandez du pays à un Congolais, il vous dira : « Il est déjà pourri ! ». Chacun cherche sa survie : appauvris, nous devenons plus vulnérables à la corruption.

Par son esprit que Dieu a insufflé dans l’être humain, je crois que nous pouvons maudire ou bénir. Mais les gens ne bénissent plus le pays, plutôt ils le maudissent. Dans notre projet, il y a une activité de redonner l’amour du pays à la population : nous devons œuvrer pour que les gens commencent à bénir, même verbalement, le pays. Je crois en ce pays, avec tout ce que Dieu y a mis : ses richesses créent malaises, mais je crois qu’un jour la justice y habitera, même si ce seront mes petits-enfants qui la verront.

Le Congo, c’est le noyau du développement de l’Afrique, mais des puissances craignent qu’il devienne à la longue une grande puissance, qui donnera une impulsion à l’Afrique : alors elles veulent l’émietter. On veut que l’Afrique reste un grenier où tout le monde peut puiser.

 

Beaucoup d’Occidentaux ont été choqués de voir les Congolais marcher dans ces jours avec des pancartes demandant à Poutine d’intervenir pour les sauver. Comment pouvez-vous expliquer cette attitude ?

Au lieu que l’Occident soit choqué, il devrait se laisser interpeller. En ces jours nous avons reçu le roi de la Belgique : est-ce que ce pays a déjà fait amende honorable au Congo pour avoir tué Lumumba, pour ce qu’elle a fait pendant la Colonie ?

En outre, ce dont nous souffrons – guerres, milices, rébellions -, est créé par les Américains et les Anglais. Une preuve ? Pour orienter les troupes en guerre contre le Congo, guerre qu’ils avaient organisée avec l’Ouganda, le Rwanda, les Américains (je veux dire les Etats Unis d’Amérique) avaient lancé leur satellite « Arsène », les ont fournis d’armement, d’argent.

Et encore aujourd’hui, l’armée rwandaise est soutenue par la Grande Bretagne, grâce à laquelle Kagame a été capable de prendre en charge ses militaires et avoir une armée de mercenaires. Il envoie ses militaires déguisés en M23 pour attaquer le Congo, alors que nous n’avons jamais fait aucun mal contre le Rwanda, au contraire, nous l’avons aidé. En 1959, lorsqu’ils avaient un problème au pays, les Tutsi ont fui au Congo : nous les avons accueillis, ils ont étudié avec nous, ils ont eu même du travail… Tous les collègues que j’avais et que je croyais Congolais à Kinshasa, au niveau de l’Université et même dans les services, quand l’APR a pris le pouvoir au Rwanda, tous ont fui : ils sont au Rwanda aujourd’hui. Après, c’était le tour des Hutu, pourchassés par les Tutsi … Est-ce donc faire du mal quand on accueille quelqu’un qui fuit et faut-il nous punir pour cela ?

Et lorsque, après le génocide, les Hutu sont venus ici, ce sont les Nations Unies qui ont obligé Mobutu à leur ouvrir les portes. Le plan pour détruire le Congo était déjà là : quand Kagame progressait pour prendre le Rwanda, ils ont fermé les frontières avec la Tanzanie et avec le Burundi, et l’unique issue ouverte, c’était le Congo. Ils se sont déversés ici, en saccageant faune et flore.

Aujourd’hui Kagame accuse le Congo de protéger les FDLR ici : mais dans les cinq ans où il a occupé le Congo, est-ce qu’il s’en est occupé ? Pas du tout. Aujourd’hui le Rwanda achète les armes à gogo, mais le Congo est sous embargo. Comment voulez-vous que le peuple congolais aime les Occidentaux ? Quand je parle de l’Occident, je pense aussi aux Européens de l’ouest, car ils sont dans l’OTAN. Cela devrait interpeller les Occidentaux. Il y a encore du temps pour se racheter : il suffit d’aider à créer la sécurité ici.

Si les Américains, les Occidentaux se décident aujourd’hui de nettoyer toutes ces milices, qui va les interdire ? Quand ils ont envoyé les Français de l’« Opération Artémis », Bunia a été sécurisée en deux mois. Le M23, qui était défait, a fui au Rwanda et en Ouganda : pourquoi ces deux pays reçoivent-ils les criminels congolais et les cachent ? Le Conseil de Sécurité des Nations Unies refuse de condamner le Rwanda, alors que son agression au Congo est évidente.

Que l’Occident ne croie plus que la vision qu’avait le peuple congolais dans les années 1960 soit la même d’aujourd’hui : les Congolais réfléchissent et comprennent qui est ami et qui ne l’est pas. Poutine est en train de massacrer tout un peuple et je ne peux pas l’approuver, mais si les gens ont acclamé Poutine, c’est qu’ils voient qu’au moins lui peut tenir tête à cet Occident qui nous maltraite. C’est une interpellation.

Que diriez-vous au Roi des Belges qui est venu en visite ?

Deux choses : la première que ce sont les Belges qui avaient créé au Rwanda des conflits qui ont amené au génocide, parce qu’à l’époque coloniale ils avaient privilégié le peuple Tutsi, en les utilisant pour assujettir les Hutu. Quand, vers les années ’57-’58, les Tutsi ont commencé à avoir des velléités d’indépendance, les Belges ont relevé les Hutu contre les Tutsi, et les Hutu se sont vengés. Les Belges ont exacerbé les tensions déjà existant entre les deux groupes et créé une fermentation qui est venue exploser avec le génocide. Ils ont créé un programme d’immigration des Rwandais au Congo, en implantant ici ceux qu’on appelle les Rwandophones, qui maintenant se réclament d’autochtones : cela crée une inimitié ou même jusqu’à une haine entre les deux peuples. Que la Belgique, où ont leur siège les institutions de l’Union Européenne, fasse un effort pour sécuriser l’Est du pays.

A Kigali sont installées beaucoup d’entreprises occidentales, dans le but d’avoir les minerais venant du Congo ; les usines de purification des minerais sont construites avec des capitaux étrangers. Ces puissances peuvent exploiter au Congo, à travers des Congolais, dans de bonnes relations. Pourquoi chercher à prendre les minerais du Congo sur le sang des Congolais, en utilisant les voisins ? Car en fait, en agissant ainsi, ils sont en train de préparer un autre génocide. Avec tous ces massacres à Béni, en Ituri…, est-ce que les enfants ne chercheront pas un jour à venger leurs parents ? Alors on criera encore qu’il y a génocide, mais ils sont en train de créer ses ingrédients… Aujourd’hui il y a une grande antipathie entre les deux peuples.

Encore, je lui dirais qu’il ne faut pas qu’il continue à soutenir des pouvoirs prédateurs au Congo : aujourd’hui la fonction de Chef de l’Etat, plutôt que le fruit des élections, c’est une nomination qui se fait ailleurs.

Pour conclure, si vos petits-enfants vous demandaient : quel est l’héritage nous laisses-tu ?

Je leur dirais d’abord qu’il faut qu’ils aient l’amour de leur pays : même si vous êtes riche, si vous manquez de votre propre pays pour jouir de vos richesses, vous êtes toujours pauvre. En autre, je leur demanderais c’est d’être des entrepreneurs, de créer leur propre activité génératrice de revenus. Nous croyions qu’avec un diplôme, on aura du travail : cela n’a pas payé. Il y a des enfants qui n’ont pas terminé l’école primaire : ils sont restés dans les villages, ont commencé à creuser de l’or et ce sont eux qui sont les grands messieurs de la ville de Bukavu. Mais ceux qui ont eu des diplômes sont là… C’est bien d’étudier, mais avec l’esprit d’être un entrepreneur, en particulier dans l’agriculture.

                                               Une interview du Réseau Paix pour le Congo

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