Le 19 août 2025, la diaspora congolaise a perdu la militante des droits humains Youyou Muntu-Mosi. Engagée et inébranlable, Youyou est l’une des voix qui ont exprimé une résistance farouche contre le glissement institutionnel orchestré par l’ancien Président Joseph Kabila. Sous Félix Tshisekedi, elle a porté le combat de justice sociale. Comme le soutiennent plusieurs acteurs et militants, le départ physique de cette partisane de Denis Mukwege ne marque pas la fin de son combat mais un plutôt un appel pour transmettre et prolonger son héritage.
Décédée à Paris à l’âge de 51 ans après une longue bataille contre le cancer, Muntu-Mosi est bien plus qu’une militante. Elle fut une figure centrale du collectif « RDC Congo en France » et directrice de communication en (2022-2023) de la KoPAX (Conscience Congolaise pour la Paix), la plateforme transnationale de mobilisation pour la justice et la paix en RDC, portée par des voix engagées de la diaspora et de la RDC autour du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix. L’anonce de son décès a été faite par son frère Yambaba Kamango, cité par The Voice of Congo.
Une voix libre s’est éteinte
Youyou n’était pas de celles qui arrondissent les angles. Sa parole, souvent tranchante, toujours lucide, dérangeait aussi bien les conforts diplomatiques que les les silences institutionnels.
Elle dénonçait les dérives autoritaires, les glissements constitutionnels, les détournements de fonds publics et les injustices sociales avec une grande constance. Même affaiblie par la maladie, elle continuait à publier, à interpeller et à mobiliser.
Et pourtant notre pays brûle, des millions de morts, des femmes victimes de viols de guerre, la famine, la pauvreté, un État totalement défaillant, une politique sociale inexistante, un chômage qui atteint des records…mais, ils sont toujours distraits. Quel peuple! 🤷🏽♀️🤦🏽♀️
— Youyou Muntu Mosi (@MuntuMosi) August 30, 2023
Contre le glissement de Joseph Kabila
Dès 2015, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus audibles contre le glissement institutionnel orchestré par l’ancien président Joseph Kabila (2016-2018).
Depuis la France, elle organisait des sit-in devant les ambassades, alertait les chancelleries et appelait à une mobilisation transnationale pour défendre la Constitution.
Pour elle, prolonger un mandat au mépris des délais légaux n’était pas une simple manœuvre politique. Cela constituait un viol de la souveraineté populaire. Aux côtés d’autres militants, elle appelait à une mobilisation transnationale pour défendre la Constitution.
Lutte contre la corruption et l’injustice sociale sous Félix Tshisekedi
L’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir n’a pas atténué le regard critique de Muntu-Mosi. Bien qu’ayant côtoyé certains acteurs de l’UDPS, elle s’est rapidement démarquée par une dénonciation ferme des pratiques qui, selon elle, perpétuaient les logiques prédatrices.
Elle a même critiqué la défaillance de la commission électorale nationale indépendante (CENI) et dénoncé les fraudes et irrégularités dont ont été caractérisées les élections du 20 décembre 2023.
Elle s’insurgeait contre les détournements, les nominations clientélistes et l’inaction face à la misère sociale. Pour Youyou, le changement ne se mesurait pas en discours, mais en actes tangibles pour les Congolais ordinaires. Elle rappelait que « la démocratie sans justice sociale n’est qu’un décor vide ».
Ce que disent d’elle ceux qui l’ont connue
Plusieurs activistes lui ont rendu hommage, rappelant le portrait d’une femme d’engagement exceptionnel pour la défenses des droits humains.
Bienvenu Matumo (Lutte pour le Changement, LUCHA) parle d’un engagement « sincère, inébranlable et courageux » ; Maud-Salomé Ekila (Urgences Panafricanistes) évoque une militante qui « a donné sans relâche pour voir notre libération » ; Claudel André Lubaya, ancien député national, la décrit comme « passionnée du Congo, droite et sincère » ; Karine Ndjoko, militante et professeure, salue sa capacité à « rester ferme jusqu’au bout ».
La diaspora pour Youyou
Youyou croyait en la diaspora comme force politique, comme conscience extérieure, comme levier de pression. Elle appelait à une vigilance constante, à une solidarité active entre exilés, militants de terrain et intellectuels engagés. Elle refusait les alliances de façade et les silences diplomatiques. Elle voulait un Congo debout, digne, libéré de ses chaînes visibles et invisibles.
Un Peuple incapable de se révolter, c’est un peuple qui est appelé à disparaître.
Article 64 #YMM pic.twitter.com/S5J7J38kk7
— Youyou Muntu Mosi (@MuntuMosi) December 28, 2023
Partage du combat de Dr Mukwege
Youyou partageait profondément la vision du Dr Mukwege sur la justice transitionnelle et la reconnaissance des crimes de masse, la mobilisation citoyenne transnationale pour la paix en RDC et le refus de l’impunité et des silences diplomatiques.
Son rôle au sein de KoPAX, même bref, témoigne de cette convergence. Elle portait haut les revendications du Rapport Mapping, dénonçait les violences sexuelles comme arme de guerre, et appelait à une mémoire active ; ce qui constitue des combats au cœur du travail du Dr Mukwege.
Ainsi, pour la jeunesse congolaise, Muntu-Mosi incarnera la voix libre et courageuse d’une jeunesse engagée, qui a su transformer la misère collective en combat pour la justice, la mémoire et la dignité.
Ahana Bryan
