Uvira, 6 septembre 2025 — Le gouvernement provincial du Sud-Kivu a lancé une alerte concernant l’arrivée nocturne de 750 militaires rwandais sur l’île d’Idjwi, dans le territoire éponyme. Selon les autorités provinciales, cette incursion constitue une violation flagrante de l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo, et s’inscrit dans une stratégie d’annexion déguisée par le Rwanda.
Le communiqué officiel, signé par Didier Kabi Luganywa, le ministre provincial en charge de la Communication et porte-parole du gouvernement, fait également état de la construction simultanée d’un camp de police rwandaise à Bwando, dans le groupement de Mugote, au bord du lac Kivu, face à la ville rwandaise de Kibuye.
En début de semaine, des sources locales alertaient déjà sur l’arrivée et l’installation de plusieurs militaires rwandais sur l’île, ayant traversé nuitamment. La population était interdite de s’approcher de zones concernées.
Le gouvernement provincial décrit cette situation comme une politique d’occupation progressive portée par Kigali sous couvert de la rébellion de l’AFC/M23.
« Ces faits constituent une violation flagrante de l’intégrité territoriale et une tentative manifeste d’annexion d’une partie de la République Démocratique du Congo par le Rwanda, dissimulée derrière la rébellion de l’AFC/M23 qui occupe actuellement cette zone », lit-on dans le communiqué.
Le gouvernement lance un appel pressant et appelle à une mobilisation diplomatique en toute urgence. Il exhorte Kinshasa à saisir les instances régionales et internationales, afin que la souveraineté de la RDC soit respectée et qu’il soit mis fin à la longue série d’actes d’agression rwandaise que subit la RDC.
Pour rappel, le groupe armé AFC/M23 occupe de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris le territoire insulaire d’Idjwi. Il occupe également les villes de Bukavu et Goma depuis janvier 2025. Une administration parallèle a été établie partout dans ces zones.
Plusieurs rapports des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales ont documenté un appui militaire et logistique du Rwanda à ce mouvement rebelle, depuis sa résurgence en fin 2021. Ces éléments ont été régulièrement évoqués dans les briefings du Conseil de sécurité de l’ONU et dans les résolutions, appelant au respect de l’intégrité territoriale de la RDC.
C’est par exemple la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui condamne explicitement l’offensive du M23 et le soutien militaire de Kigali, exigeant un retrait immédiat et sans condition des troupes rwandaises et le démantèlement des administrations rebelles.
Le 27 juin 2025, un accord de paix a été signé à Washington entre la RDC et le Rwanda, suivi d’une déclaration de principe entre la RDC et l’AFC/M23 à Doha le 19 juillet, suscitant l’espoir d’un apaisement durable du conflit. Pourtant, sur le terrain, aucune accalmie tangible ne s’est matérialisée. Bien au contraire, les affrontements armés, les massacres de civils et les violations systématiques des droits humains se poursuivent.
Par Ahana Bryan
