La ville d’Uvira située au Sud de la province du Sud-Kivu en RDC est actuellement meurtrie. Des conflits armés et les déplacements massifs de populations sont devenus le lot quotidien des habitants d’Uvira et des alentours. Des femmes ont fui leurs villages laissant derrière elles champs, maisons, et élevages. Des enfants de moins de deux ans sont particulièrement vulnérables. Privés d’eau potable, d’alimentation diversifiée et de soins adaptés, leur survie repose largement sur l’allaitement maternel.
Le lait maternel, un trésor inestimable pour le nourrisson
Pour les spécialistes, le lait maternel est bien plus qu’un aliment, il protège, nourrit et soutient le développement du nourrisson. Le Docteur Panzu Nimi, médecin-chef de Zone à Uvira, souligne que la précarité alimentaire des mères et leurs enfants déplacés entraîne une malnutrition aiguë.
« Dans un contexte où l’eau potable manque et où la pauvreté frappe, le lait maternel demeure le plus sûr et protecteur », insiste-t-il.
Mon bébé pleure beaucoup. Je n’ai plu de lait pour mon enfant
Pour de nombreuses femmes déplacées, allaiter est un défi permanent. Fatigue, insécurité alimentaire et traumatismes psychologiques compromettent leur capacité à nourrir leurs enfants. Les structures sanitaires locales, saturées et dépourvues de personnel formé, ne peuvent assurer qu’un accompagnement limité.
Uzia Ngwasho est mère de trois enfants. Elle a fui son village à Tulungu à quelques kilomètres du camp de Lunsenda dans le territoire de Fizi. Elle a été accueillie dans une famille d’accueil qui elle-même manque presque de tout.
« Ici à Uvira, je mange une seule fois par jour. Mon bébé pleure beaucoup. Je n’ai plus de lait », regrette Uzia.
L’alimentation complémentaire, un défi majeur
Au-delà de six mois, l’enfant doit bénéficier d’une alimentation diversifiée et équilibrée. Dans le Sud-Kivu, beaucoup de familles n’ont accès qu’à la bouillie de maïs. Jean-Paul Kazadi, nutritionniste à l’ISTM Bukavu, encourage la diversification des aliments pour les enfants.
« Un enfant de plus 6 mois en plus du lait maternel, il a besoin de cinq groupes alimentaires essentiels : céréales, légumes, fruits, protéines animales et légumineuses », conseille Jean-Paul.
Selon un rapport du global nutrition, seulement 10 % des enfants de 6 à 23 mois reçoivent une alimentation jugée acceptable selon l’OMS et l’UNICEF, et plus de 70 % souffrent d’anémie dans le Sud-Kivu.
Le poids du stress et des traumatismes
Les conflits accentuent le stress et les traumatismes chez les mères, aggravant leur malnutrition et réduisant la production de lait.
Malgré ces difficultés, des élans de solidarité persistent. Certaines familles d’accueil partagent leurs maigres ressources avec les déplacés. « Nourrir huit bouches au lieu de quatre dépasse nos moyens. Nous partageons, mais les repas restent maigres », confie Bahati Olivier, père de famille à Kilomonyi.
Les associations locales, telles que Célébrons le Courage de la Femme, encouragent l’allaitement prolongé, l’usage d’aliments locaux nutritifs et la participation des femmes aux groupes d’Association Villageoise d’Epargne et de Crédit, AVEC. De son côté, la Nouvelle Société Civile plaide pour la paix et la prévention des conflits, essentielles à la stabilité alimentaire.
Pour répondre à ces défis, Alain Munganda, psychologue au Centre psychiatrique SOSAME propose un accompagnement psychosocial des mères. « Il faut aussi appuyer des mères par des repas équilibrés et des aliments galactagogues comme le moringa. Ceci pour diversifier l’alimentation des enfants après six mois avec des produits locaux, et de former les soignants et bénévoles communautaires aux pratiques adaptées en situation d’urgence », conseille Alain.
« Former, accompagner et nourrir les mères est prioritaire. Sans elles, nous risquons de perdre des générations entières », ajoute Dr Joseph Ntagerwa pédiatre à l’Hôpital Provincial Général de Bukavu.
Derrière chaque chiffre, chaque programme, se cache un enfant dont l’avenir dépend de l’action collective. Comme le dit Amina, berçant son bébé : « Nous avons fui la guerre pour sauver nos vies. Aujourd’hui, il faut sauver celles de nos enfants ».
Uvira illustre ainsi l’urgence de protéger l’allaitement maternel et de soutenir les mères dans les zones de crise, condition essentielle pour préserver la santé des enfants et construire un avenir stable et sûr pour toute la communauté.
Ntabola Babwine Patrick
