« Placez les femmes derrière, là où Dieu les a placées ».
Elles arrivent en premier et partent les dernières. Au nom de la foi et les interprétations sélectives des textes sacrés, ils les exploiter. Les femmes nettoient, décorent, cuisinent, lessivent, subissent les décisions, accueillent, chantent et soutiennent presque toutes les activités spirituelles de leurs églises. Ces pratiques sexistes, sentiments d’exploitation, de mépris et d’inégalités, que subissent les femmes au sein des églises, nourri à la sacralisation de l’obéissance, contribue à maintenir les femmes dans une position subalterne, malgré leur contribution essentielle à la vie de l’église.
« Que les femmes se taisent dans les assemblées… qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. » 1 Corinthiens 14 :34. Ces passages bibliques qu’ils utilisent.
Ces versés sont souvent sortis de leur contexte historique, ne reflétant pas l’ensemble du message biblique sur la dignité, l’honneur et le rôle des femmes, ils sont utilisés pour justifier des inégalités et des violences symboliques dans de nombreuses Églises en RDC. Les dignitaires des églises ne s’interrogent pas et les hommes en profitent pour pérenniser leurs dominations sur les femmes dans les églises.
« On ne peut pas se plaindre des activités que l’église nous demande de faire, nous sommes les femmes, notre rôle n’est pas de contester les ordres ni de le discuter mais de répondre aux exigences de l’église et de ses serviteurs car la bible, elle-même nous exhorte d’être soumises dans 1 Timothée 2 :11–12″, renseigne Furaha Kwindja chantre dans une église protestante de Bukavu
Quand la soumission nourrit le Sexisme.
Dans la plupart des Églises congolaises qu’il s’agisse de communautés catholiques, protestantes, pentecôtistes ou de réveils les femmes constituent la majorité des fidèles et une main d’œuvre permanente. Elles assurent une grande partie des travaux d’entretiens et organisationnels, souvent sans reconnaissance, mais comme obligation de foi. Beaucoup décrivent une pression morale basée sur le genre : on leur rappelle qu’“une femme chrétienne doit servir”, alors que que les hommes occupent majoritairement et aisément les postes de décision avec des tâches honorifiques.
« Dans notre église il y a un programme des chorales et groupes établi pour entretenir la parcelle de l’église et son enceinte, dans notre chorale il ya des hommes, garçons, femmes et filles mais quand nous meme examinons les tâches à faire, nous demandons aux hommes/garçons de partir ou de faire ce qui peut être approprier à leur personnalité et nous ont fait le reste des taches. Je ne peux accepter qu’un frère torchonne en ma présence cela ne témoigne pas une bonne chrétienté », fait savoir Sœur Joyeuse BAHATI d’une Eglise de Réveil à Kadutu
Que disent les pasteurs, imam et les prêtres ?
Certains disent que le leadership spirituel est réservé généralement aux hommes parce que le Christ était un homme et que les apôtres principaux l’étaient aussi. Oubliant les exemples de femmes dans la Bible qui ont exercé des rôles de leadership et de responsabilité, comme Déborah, juge et prophétesse, Priscille, enseignante et mentor spirituelle, ou Phoebé, diaconesse chargée du service dans l’Église ou encore des figures musulmanes comme Aïcha, qui enseignait et dirigeait des cercles d’étude. Tout cela montre que le service des femmes ne se limite pas à des tâches subalternes mais peut s’accompagner de pouvoir, d’autorité et des grandes responsabilités.
D’autres reconnaissent le rôle indispensable des femmes et les encouragent à prendre des responsabilités dans certains ministères(département) bien définis, mais souvent pas dans les postes décisionnels ou pastoraux principaux. Certaines Églises pentecôtistes ou évangéliques récentes sont plus ouvertes et autorisent des femmes pasteures ou dirigeantes, mais ces cas restent minoritaires.
« Nous sommes disciple de la parole divine et on ne peut pas contredire la bible car elle donne chacun sa place dans la société et au sein de l’église. La parole de Dieu ne s’actualise pas. Les femmes doivent servir dans des rôles pratiques ou auxiliaires (accueil, logistique, enseignement des enfants, groupes féminins) plutôt que dans les ministères officiels. La place de la femme dans l’Église est de soutenir, et non de diriger. La soumission est présentée comme un commandement spirituel nécessaire pour préserver l’ordre dans le temple », argumente Frère Jérémie Mushenyi pasteur au sein d’une église branamiste
Les catholiques n’ont pas un avis contraire à cela, Le jeudi 17 septembre, le Pape Léon XIV s’est opposé contre toute réforme au sein de l’église accordant à la femme une place supérieure. Le Vatican a précisé que le Saint-Père ne changera pas « l’enseignement de l’Église » sur la possibilité d’ordonner des femmes diacres.
Sexisme, VBG structurelle et symbolique dans la foi musulmane.
La tradition islamique interprète souvent certains hadiths et versets du Coran pour justifier que les femmes ne peuvent pas diriger les hommes dans la prière ou dans les fonctions de direction religieuse officielle, comme on peut lire dans :
« Les hommes ont autorité sur les femmes »
(Coran 4/34)
« Les hommes ont cependant une prédominance sur elles»,(Coran 2/228)
Parmi les conditions de l’imam (dignitaire musulman, en particulier le fonctionnaire qui, dans une mosquée, tient le rôle de chef de la prière du vendredi ; autorité en matière religieuse) une femme ne peut pas diriger des hommes dans la prière. Les personnes interrogées sous anonymat à la mosquée de Nyawera sont aussi adhérant à cette attitude,
« Le Prophète a dit : Placez les femmes derrière, là où Allah les a placées. L’ordre de les placer derrière est une interdiction de prier derrière elles. « Les femmes ne peuvent pas diriger une prière, car si les femmes dirigeaient la prière, elles seraient une tentation pour les hommes. »
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Dans des nombreuses communautés musulmanes, les femmes rencontrent encore des obstacles physiques et symboliques qui se sentent être exclut dans leur participation pleine à la vie religieuse à cause de cette exclusion sexiste. Dans certaines mosquées en RDC, les femmes ne peuvent pas entrer dans la salle principale pour certaines prières ou cérémonies, même lorsqu’elles sont actives dans l’organisation.
La foi est-elle sexiste ?
La foi non. Mais les Églises, trop souvent, le sont.
La foi étant une relation personnelle avec Dieu, elle n’est pas sexiste. Elle ne discrimine pas. Elle ne hiérarchise pas les êtres humains selon leur genre. L’accusation de sexisme lancée contre la foi se fonde sur un manque de connaissance des Écritures par certains hôtes des églises. Les institutions religieuses, façonnées par des contextes culturels patriarcaux, ont parfois transformé cette foi en un système où les femmes sont reléguées, exploitées et exclues de certains rôles. Ainsi, l’inégalité ne vient pas de Dieu, mais de l’humain qui interprète Dieu à travers ses propres limites et intérêts.
Shakur Dingo, un animiste résident à Bukavu, trouvent cette attitude généralisée dans toutes les églises en RDC, selon lui :
« Les religions abrahamiques ont fait croire aux hommes qu’ils sont supérieurs aux femmes. Et qu’au nom de « Dieu » ils pouvaient réguler leur vie comme bon leur semble. Le patriarcat, la misogynie, c’est réel et c’est une violence silencieuse, quotidienne dont souffre les femmes dans les églises.
Par peur de dire Non, elle se courbent !
Elles se courbent. Non pas par faiblesse ou par manque de force intérieure, mais parce qu’on leur a enseigné, dès l’enfance et au sein des communautés religieuses, que s’opposer était un péché, un signe de rébellion ou une rupture avec la soumission « attendue » d’une femme vertueuse. On leur a présenté l’obéissance comme une vertu absolue, la discrétion comme une obligation morale, et le silence comme une preuve de respect spirituel. Elles encaissent des charges disproportionnées, acceptent des rôles invisibles, supportent des injonctions injustes et se sentent coupables à la moindre tentative de s’affirmer.
Quand le vide juridique contribue au sexisme.
La Constitution congolaise ne réprime pas directement la discrimination sexiste dans ses articles, mais l’interdit indirectement par des principes généraux de droit et des lois spécifiques. L’article 14 de la Constitution, qui stipule que les femmes doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits que les hommes, accès aux emplois publics, participation politique, accès à l’éducation, représentation dans les institutions. Tandis que la Loi n° 15/013 du 1er août 2015 détaille les modalités d’application de ces droits, interdisant toute forme de discrimination à l’égard de la femme.
« La loi protège les femmes contre toute forme de violence basée sur le genre mais spécifiquement sur la domination ecclésiastique, elle est muette. Depuis la dernière révision du code de la famille, toutes les incapacités juridiques qui pesaient sur la femme ont été levées. Le protocole de Maputo et la loi sur les violences basées sur le genre de 2006, répriment ces genres de pratiques à l’écart de la femme. L’article 12 de notre constitution stipule que l’homme et la femme naissent égaux en dignité et l’égalité de chances est donnée à tout le monde » , rappelle Jean Chrysostome Binja Bikogorho Magistrat de l’Etat de droit et substitut du procureur
Cette soumission imposée est dangereuse, car il empêche les femmes d’exprimer leur potentiel et de contribuer activement à la vie spirituelle et communautaire. Malgré l’absence de la répression particulière du sexisme, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) sous toutes ses formes est inscrite dans plusieurs textes légaux qui reconnaissent ces actes comme des atteintes graves aux droits humains.
Les féministes contestent vivement ces pratiques.
Pour la militante des droits des femmes Thérèse Maroy, assistante au programme en charge de suivi et évaluation de l’organisation Mwanamke Kesho, s’interroge sur le cantonnement de la femme à la soumission dans les églises.
« Ce cycle doit être brisé, se pasteurs, imam et prêtre doivent être formés, sensibilisés et surtout amener à la réinterprétation juste et égale de textes sacrés. Les femmes ne sont pas de fidèles de seconde classe elles sont des actrices puissantes, de porteuse de lumière… On oublie que les femmes ont joué des rôles clés dans l’histoire de la foi. Je trouve que cette attitude sexiste à l’égard des femmes dans certaines églises freine le développement d’une société plus juste et équitable. Réduire les femmes à de tâches subalternes, balayer, entretenir, obéir tout en les excluant de postes des responsabilités ou de prise de parole revient à perpétuer un système d’oppression réduit en spiritualité » ajoute elle.
Ce que vivent les femmes, la sociologie l’explique.
Pour les sociologues, le traitement réservé aux femmes au sein de nombreuses Églises en RDC n’est pas un phénomène isolé : il s’inscrit dans un système social plus large où les rapports de pouvoir sont profondément marqués par le patriarcat.
« La manière dont les femmes sont traitées dans les Églises crée un modèle qui déborde largement sur la société. Quand on habitue une femme à servir sans questionner, à obéir sans participer aux décisions et à accepter des tâches dévalorisées comme si c’était normal, elle risque de reproduire ces schémas dans sa vie professionnelle, familiale et sociale. L’Église devient alors un espace où s’apprend la tolérance à l’injustice, et cette socialisation renforce partout des rapports de pouvoir défavorables aux femmes », regrette Papy Shindani Sociologue
Cette situation fondée sur des interprétations restrictives des textes sacrés et sur des traditions patriarcales, constitue une forme de discrimination et de violence symbolique. Il est urgent que les Églises reconnaissent pleinement la valeur et le leadership des femmes, leurs permettre d’accéder aux postes de leadership religieux clés, tout en garantissant un environnement respectueux et équitable car respecter l’égalité des genres n’est pas seulement un impératif moral et spirituel car promouvoir l’égalité du genre et combattre toute forme de violence que subissent les femmes est juste et conforme à la foi et aux valeurs sociétales.
Hervé AMANI,
