Bukavu : Attaque nocturne du domicile de l’activiste Jonathan Magoma

Vue d'une partie de la ville de Bukavu. Photo crédit Debout RDC_11 mai 2024 Vue d'une partie de la ville de Bukavu. Photo crédit Debout RDC_11 mai 2024

Bukavu, 27 février 2025_Le domicile du défenseur des droits humains Jonathan Magoma, directeur de l’organisation Partenariat pour la Protection Intégrée (PPI), a été la cible d’une attaque nocturne le 26 février 2025 à Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Cet incident survient dix jours après la prise de la ville par les rebelles du M23, suivie de la libération de plus de 2200 détenus de la prison centrale de Bukavu, plongeant la ville dans une insécurité sans précédent.

Selon les témoignages sur place, c’est vers 23h que trois individus non identifiés ont escaladé les murs de l’enclos familial de Magoma. Après avoir tenté de forcer les portes, ils ont brisé les vitres extérieures. Grâce aux cris de détresse de la famille et à la réaction des voisins qui ont utilisé vuvuzelas, sifflets et objets métalliques pour alerter le quartier, les assaillants ont été mis en fuite avant de pénétrer dans la maison.

« Mon épouse m’a appelé en urgence lorsqu’elle a entendu des gens escalader les murs. Elle m’a dit qu’ils entraient chez nous. Malheureusement, je ne pouvais contacter aucune intervention car le poste de police situé à 100 mètres de notre maison était lui-même assiégé par les rebelles », fait savoir Jonathan Magoma.

Connu pour son engagement en faveur des droits humains et de la liberté de la presse, Jonathan affirme que des menaces ciblées lui ont été adressées même avant la prise de Bukavu. Certaines personnes se présentant comme membres du M23 lui ont interdit toute prise de parole médiatique, en représailles à son intervention du 3 mai 2024 à Kinshasa, lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Il y avait dénoncé le déplacement forcé de plus de 80 journalistes, les violations de droits humains et la destruction de plusieurs stations radio dans les territoires de Rutshuru, Nyiragongo, Masisi et Malikale, en province du Nord-Kivu.

« Depuis que la ville est tombée, je n’ai eu d’autre choix que de quitter mon toit. Les menaces étaient déjà présentes avant, mais elles se sont intensifiées avec l’occupation. »

L’évasion à la prison centrale de Bukavu : une menace pour les défenseurs

Bien qu’il soit difficile d’identifier les auteurs de l’attaque, Magoma souligne que les prisonniers évadés doivent être inclus dans les enquêtes. Peu avant la chute de Bukavu, il avait été ouvertement menacé par un certain Murhandikire, le chef des détenus de la prison centrale, qui lui avait promis une « visite de courtoisie ». En août 2024, PPI avait émis un communiqué de presse dénonçant les violations graves commises par ce même individu, notamment la torture et la mort de quatre détenus en 24 heures. Magoma avait alors accordé l’interview aux médias nationaux et internationaux qui avaient amplifié le plaidoyer. De son côté, l’autorité provinciale avait évoqué une possible intoxication alimentaire.

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Depuis le 16 février, date de la chute de Bukavu, la ville est confrontée à une montée alarmante de l’insécurité : attaques nocturnes, tueries, justice populaire, braquage et autres. Les rebelles eux-mêmes reconnaissent être débordés par les violences urbaines, qu’ils attribuent aux prisonniers évadés et aux Wazalendo (groupes d’autodéfense civils armés dit « patriotes »).

La vuvuzela dans la lutte contre l’insécurité

Dans ce climat de peur, les habitants se retrouvent abandonnés. Des coups de feu sont entendus chaque nuit et dans presque chaque quartier. Les rebelles ont annoncé mettre à la disposition de la population des numéros qu’il faudra appeler en cas d’urgence. Mais en attendant, la peur et l’incertitude gagnent les cœurs et les défenseurs se sentent de plus en plus en insécurité.

Alors, les habitants ont développé des systèmes d’alerte communautaires : vuvuzelas, sifflets, cris de groupe. En l’absence des mécanismes de sécurité, les gens s’adonnent à la justice populaire. Déjà, trois cas ont été signalés, impliquant des voleurs brûlés vifs dans les communes d’Ibanda et de Kadutu. Et malheureusement, aucune enquête n’a été annoncée à ce jour.

Présent sur le lieu, le chef du quartier Nyalukemba, Kurasa Déo, fustige cet incident et appelle les nouvelles autorités à prioriser la sécurité de ceux qui défendent les droits des autres:

« C’est déplorable mais nous rendons grâce à Dieu car il n’y a pas de perte en vies humaines. J’appelle les nouvelles autorités [du M23, ndlr] à inscrire dans leurs priorités la sécurité des activistes des droits de l’homme et, par là, de toute la population civile. En cette période particulière, j’invite la population à la solidarité et à la vigilance totale« , a-t-il dit.

Cas non isolé, cet incident s’inscrit dans une série de menaces et d’attaques visant les acteurs de la société civile et journalistes dans l’Est de la RDC. Jonathan Magoma et sa famille vivent dans une insécurité persistante, aggravée par l’absence de protection institutionnelle en cette période où la ville de Bukavu et certaines agglomérations du Sud-Kivu sont tombées entre les mains du M23.

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PPI à travers son chargé de protection et plaidoyer, demande que des enquêtes soient menées et que la protection soit garantie pour son directeur, sa famille et toute la communauté des défenseurs des droits humains affectés par les conflits en cours dans l’Est de la RDC.

Pour rappel, PPI est une organisation de la société civile congolaise qui œuvre pour la promotion de la paix et la protection des défenseurs des droits humains et des journalistes. L’organisation documente et publie les violations et abus à l’égard de ces défenseurs dans le but de renforcer le plaidoyer en faveur de leur protection.

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Par Amisi Musada

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