Kinshasa, 16 septembre 2025 —Alors que des pétitions ont été déposées contre cinq membres du bureau de l’Assemblée nationale, dont son président Vital Kamerhe, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une possible stratégie politique visant à préparer un changement de la Constitution en République démocratique du Congo. Deux déclarations, bien que issues de sphères différentes, convergent vers une même inquiétude : celle d’un réaménagement du bureau orchestré par l’Union sacrée pour faciliter un glissement institutionnel.
« Non » au changement de la constitution
Ce 16 septembre, deux figures de la société civile et de l’opposition politique en RDC ont fait des alertes sur un possible changement de la constitution en voulant réaménager le bureau dirigé par Vital Kamerhe.
Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a lancé une mise en garde :
« Si la destitution de 5 membres du bureau de l’Assemblée nationale est faite dans la perspective de faciliter le changement de la constitution, c’est une erreur. Je refuse d’en dire plus ! On verra ! », a-t-il alerté.
De son côté, l’opposant Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka et président du parti politique ADD CONGO, a été plus direct :
« L’Union sacrée n’est-elle pas à la recherche d’un Président de l’Assemblée nationale inconscient et suicidaire qui peut la conduire au changement de la Constitution malgré la guerre ? »
Katende et Epenge craignent que les pétitions initiées ne soient pas uniquement motivées par des griefs de gestion ou de transparence, mais qu’elles servent de levier pour reconfigurer le bureau de l’Assemblée nationale en faveur d’une révision constitutionnelle.
Des pétitions aux agendas cachés
Plusieurs observateurs partagent l’inquiétude de Katende et Epenge et y voient une manœuvre de l’USN, pour affaiblir les contre-pouvoirs pour des agendas politique cachés.
Pour eux, l’éviction de Vital Kamerhe du perchoir pourrait permettre à l’Union sacrée de placer un président de l’Assemblée plus docile, capable d’accompagner un processus de modification de la Constitution. Objectif supposé : permettre au président Félix Tshisekedi de prolonger son mandat au-delà des limites actuelles.
Kamerhe, l’allié encombrant
Membre du présidium de l’USN, Vital Kamerhe serait perçu comme un « allié encombrant » du président Tshisekedi. Son poids politique, son expérience institutionnelle et son ambition personnelle feraient peur dans son propre camp.
Ancien président de l’Assemblée nationale et ex-directeur de cabinet de Félix, il a longtemps été considéré comme le « véritable stratège » du régime. Sa condamnation en 2020 pour détournement de fonds, suivie de son acquittement en appel, a marqué une tentative de l’écarter du pouvoir.
Son retour en force, notamment à la tête de l’Assemblée nationale, a ravivé les tensions au sein de l’Union sacrée, où certains le voient comme un rival potentiel difficile à contrôler.
Si les pétitions portées par Crispin Mbindule, élu de Butembo dans la province du Nord Kivu, sont légitimes sur le plan parlementaire, leur instrumentalisation à des fins politiques serait une dérive grave et mettrait en péril la jeune démocratie chèrement acquise.
Vers un retour du projet de modification de la Constitution voulu par Félix ?
Déjà en 2024, la RDC a été le théâtre d’un débat houleux autour d’un projet de révision constitutionnelle porté par des cadres influents de l’UDPS et de l’Union sacrée. Le président Félix Tshisekedi lui-même avait évoqué la nécessité d’adapter la Constitution, jugée “dépassée”. Dans cette perspective, une commission avait été mise en place pour réfléchir aux réformes envisagées.
Cette initiative a immédiatement suscité une vive opposition. Des leaders politiques, des activistes et des membres de la société civile ont organisé des manifestations à Kinshasa pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme une tentative de prolongation du mandat présidentiel.
Ce projet sera brutalement freiné par la recrudescence du conflit en cours dans l’Est du pays. En janvier et février 2025, la progression de la rébellion du M23 soutenu par le Rwanda, marquée par la prise de Goma et de Bukavu, a plongé le pays dans une urgence sécuritaire qui a relégué le débat constitutionnel au « second plan ». Ce basculement du contexte a temporairement gelé les ambitions de réforme, mais les inquiétudes persistent concernant une possible résurgence de ce projet à mesure que le pouvoir tente de reconfigurer les institutions. Et cela, malgré la guerre en cours.
Alors que Kinshasa est préoccupé par des équilibres du pouvoir et de postes, l’Est du pays brûle. Le M23, loin de ralentir, affirme vouloir pousser son offensive jusqu’à la capitale.
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Par Ahana Bryan
