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Politique

SUD-KIVU : Un espoir se dessine pour les femmes autochtones aux élections de 2023

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Dans la Province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo, les peuples autochtones pygmées (PA), et plus particulièrement les filles et femmes, n’ont pas accès à l’exercice du pouvoir public au sein des organes de prise de décisions. Ceci s’observe aussi bien à des postes de nomination qu’à ceux électifs. Il s’agit d’une discrimination liée à un lot de facteurs qui gardent les femmes et filles PA dans la marge les limitant ainsi à défendre et promouvoir leurs droits. Des facteurs pourtant évitables et réparables.

A ce jour, la province du Sud-Kivu ne connait qu’une seule femme autochtone pygmée élue députée nationale et qui siège régulièrement à la chambre basse du parlement à Kinshasa, la capitale de la RDC. Il s’agit de Adolphine Byaywuwa Muley, élue député nationale aux élections législatives de décembre 2018 dans la circonscription de Kalehe. Elle représente donc 0,2%, soit un seul siège pour les peuples autochtones sur un total de cinq cents sièges que compte l’Assemblée nationale. Au niveau provincial, les statistiques actuelles n’indiquent aucune autre femme dans les instituions. Il en est de même pour ce qui est d’autres postes au niveau municipal et local en province.

Obstacles pour les femmes et filles PA d’accéder aux fonctions politiques

Espérance Binyuki Nyota, Coordinatrice Nationale de l’Union pour l’émancipation de la femme autochtone (UEFA/RDC), et Point focal au Sud-Kivu du Réseau des populations autochtone et locale pour la gestion des écosystèmes forestiers en RDC (REPALEF-RDC), souligne cinq obstacles majeurs qui constituent un blocage à l’épanouissement de la femme autochtone en politique en RDC.

« Tout d’abord, la politique de la RDC elle-même n’est pas favorable aux PA en particulier et aux vulnérables dans la globalité. La loi électorale ne favorise que les nantis et non pas les PA qui, pourtant, n’ont pas accès aux ressources ».

Hormis cette forme de « discrimination légale » conditionnant le dépôt de la candidature aux élections par le paiement d’une caution qui varie entre 500 (cinq cents) et 100 000 (cent mille) dollars américains selon le poste visé, Nyota mentionne aussi la corruption et le manque d’éducation chez la femme autochtone qui, par conséquent, traduit l’absence d’élite féminine pour cette catégorie. Elle souligne aussi les us et coutumes couplés de stéréotypes dont est victime la femme autochtone au Sud-Kivu. Mise ensemble, ces facteurs accentuent la marginalisation des filles et femmes autochtones pygmées et les retiennent loin de la sphère de prise de décision.

Les avancées dans le cadre juridique

Le 15 juillet 2022, le Président de la RDC, Félix Tshisekedi, a promulgué la loi portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées. Avec cette loi, il y a à espérer quant à la jouissance des droits civils, politiques, sociaux, etc. des peuples autochtones.

En son article 30 alinéa 2, par exemple, la loi renseigne :

« L’Etat prend des mesures spécifiques pour promouvoir la représentation des peuples autochtones pygmées dans les institutions à tous les niveaux ».

Alors que le problème d’élite féminine se pose chez les femmes autochtones vu qu’elles n’ont pas eu accès à l’éducation de la même manière que les autres peuples, la loi apporte un soulagement en ce sens qu’elle rend gratuite l’éducation des enfants des peuples autochtones. Un soulagement qui, bien entendu, ne va pas produire ses résultats dans l’immédiat.

« Sans préjudice des dispositions de l’article 43 de la Constitution, l’accès des enfants autochtones pygmées est obligatoire et gratuit à tous les niveaux de l’enseignement primaire, secondaire et de la formation professionnelle dans les établissements publics « ,

souligne l’article 22 de ladite loi.

L’article suivant indique qu’il est même institué un système d’alphabétisation et d’éducation non formelle des jeunes, des femmes et des adultes autochtones pygmée adapté à leurs langues et coutumes.

Si cette loi, en son article 13, stipule que l’«officier de l’Etat civil enregistre gratuitement les mariages avec un conjoint autochtone pygmée ou entre autochtones pygmées », elle reste toutefois muette sur l’exemption de paiement du cautionnement de la candidature des filles/femmes PA à différents niveaux de scrutins.

En revanche, la nouvelle loi électorale du 29 juin 2022, quoique ne faisant pas allusion à cette exemption non plus, souligne à son article 13 alinéa 3 que toute liste électorale qui aligne 50% au minimum de femmes dans une circonscription est exemptée du paiement du cautionnement. Cette avancée historique est une brèche qui doit être exploitée au profit des femmes autochtones de la RDC.

La balle dans le camp de la société civile et des organisations accompagnatrices

Maître Néné Bintu, vice-présidente du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu et responsable de la composante élection au sein de cette structure, annonce qu’une série de séances de sensibilisation est prévue en cette période électorale. Sans discrimination aucune et visant l’inclusivité, la société civile prévoit des sensibilisations pour toutes les catégories des marginalisées qui sont d’ailleurs des cibles privilégiées comme l’a fait savoir Néné Bintu.

Le défenseur des droits humains Me Pascal Mupenda renseigne que la loi portant protection et promotion des peuples autochtones pygmées qui a été promulguée en juin dernier, devrait être vulgarisée davantage car, il s’agit d’une grande avancée pour ce peuple longtemps marginalisé.

« Cette loi est une première. Elle offre une multitude d’opportunités aux PA et il revient aux organisations de la société civile et à l’Etat d’en faire la vulgarisation et d’accompagner les concernés sur la voie qui exige sa mise en application effective et immédiate ».

Pour sa part, Jolie Kamuntu, coordinatrice de Karibu Jeunesse Nouvelle, KJN, indique que son association poursuit avec des sensibilisations électorales à l’égard des toutes les catégories des jeunes marginalisés y compris les pygmées, afin de dénicher les potentiels candidats qui ont besoin de leur soutien.

Les élections de décembre 2023

Quant à la coordinatrice de l’Union pour l’émancipation de la femme autochtone en RDC, les efforts sont déjà en cours pour soutenir les femmes autochtones ambitieuses et les encourager à se porter candidates.

Œuvrant dans la participation citoyenne, sa structure a déjà entamé des sensibilisations électorales et citoyennes, des formations sur le processus électoral et les enjeux électoraux.

Vu les obstacles ci-haut énumérés, Espérance Nyota ne sait pas encore dire s’il y aura d’autres candidates autochtones aux côtés de Adolphine Muley aux élections législatives nationales et provinciales prévue le 20 décembre 2023 mais elle est certaine qu’il en aura aux municipales et aux locales dans la province du Sud-Kivu.

C’est à ce point que les partis politiques sont invités à prendre rendez-vous avec l’histoire en alignant des femmes, et plus particulièrement des femmes autochtones, comme candidates à différents niveaux des élections prévues le 20 décembre 2023 en République Démocratique du Congo.

Esther Kanga, JDH.

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