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Santé

RDC : Mourir ou partir ? Le dilemme des médecins dans les zones en conflits armés

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La quasi-absence de l’état et l’actuelle situation sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo, constituent un engrais qui rend fertile la pullulation des groupes armées. Tel un cancer, ces dernières naissent et se multiplient du jour au lendemain à une vitesse incontrôlée qui ne reste malheureusement pas sans affecter l’ensemble de la vie nationale.

 Les médecins des zones en conflit armés, une cible des rebelles à l’Est de la RDC

Dans cette partie du pays, des chefs rebelles qui chapotent ces groupes semeurs de terreur s’attribuent des grades et n’en choisissent les moindres en s’autoproclamant généraux, amiral, colonels, etc., sans avoir hélas ni le profile, ni l’expérience et encore moins l’éthique ou la déontologie militaire qui en soit digne.

Dans les régions sous leur contrôle, c’est la violence qui règne. La seule loi applicable est la loi des armes souvent portées par des enfants ou carrément des hommes adultes à qui il ne reste rien d’humain. Ils font la loi, ils sont rois tans qu’ils tiennent et brandissent une arme d’assaut à quiconque leur propose la voie de la raison, de la justice ou de l’humanisme.

Dans toute ses sphères, la population des zones sous contrôle rebelle ne sait à quel saint se vouer et se voit abandonnée à son triste sort. Elle est très souvent contrainte au choix d’obéir ( payer des taxes illégales, manipulations de tous genres, mariages non consentis…)et vivre ou celui de désobéir et mourir.

Rebelles tueurs vs médecins sauveurs,

C’est ainsi donc que la chasse aux sorcières est déclenchée pour quiconque s’adonne à tout exercice allant l’encontre de la seule volonté des puissants détenteurs d’armes.

La noblesse et la libéralité que l’on reconnait à l’art de guérir depuis la nuit des temps tombent à l’eau dans les zones sous contrôle rebelle.

Le médecin dans les zones rebelles à l’est de la république démocratique du Congo se trouve au centre des conflits et perd sa neutralité. Etant reconnue depuis la nuit des temps, cette neutralité à laquelle il prête allégeance au travers le serment d’Hippocrate devrait en vérité être le pilier de la confiance qu’il se doit de conquérir de son patient.

« …Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité… ».

Cet extrait du serment d’Hippocrate reste soumis à l’épreuve dans les zones de guerre. Le pauvre médecin a le choix de soit faire son devoir en toute neutralité et en assumer les conséquences, ou faire la volonté des seigneurs de guerre et gagner leur sympathie et tous les avantages qui vont avec.

17 médecins tués en 3 ans au Sud-Kivu

Au cours des trois dernières années, le conseil provincial des médecins du Sud-Kivu a dénombré 17 médecins exécutés sommairement dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions dans les zones de conflit. Lorsqu’ils ne sont pas exécutés, les médecins chanceux connaissent les cas d’exclusion sociale, de tractations, calomnies… Cette situation qui semble loin de s’estomper entraine l’exode rural ainsi qu’une exile à grande échelle des médecins, abandonnant malgré eux leurs postes ainsi que la pauvre population à son triste sort.

« Parmi les médecins de mon hôpital, je suis resté le seul médecin expérimenté permanant à l’hôpital. Après les exécutions de deux regrettes confrères, tous les autres ont peur et ont choisi le chemin de l’exode vers la ville de Bukavu. Ils ont subis des attaques directes ou indirectes parce qu’ils ont soigné une personne d’une obédience ennemie ou refuser de mettre fin à une vie selon que le désirait un chef rebelle ou même parfois les hauts gradés des FARDC » témoigne un  médecin qui a requis l’anonymat.

Médecins sacrifiés sous l’œil impuissant des autorités

Le médecin se trouve alors sacrifié. Certains d’entre eux rêvent de se réorienter vers des professions considérées comme les moins à risque.

Si les ONG humanitaires internationales souvent dotées d’un grand dispositif de sécurité peuvent parfois être la cible de ces groupes armés, qu’en sera-t-il des médecins ruraux sans aucune protection ?

Le conseil Provincial des médecins du sud-Kivu a en réaction au décès d’un de ses membres assassiné a martelé dans un communiqué, «..L’Etat doit prendre ses responsabilités régaliennes et garantir aux médecins comme à tous les congolais un climat de paix et de quiétude. C’est l’ultime garantie sans laquel l’exercice de la médecine ne s’aurait s’appliquer…»

 Justice pour toute ces victimes

Les cas de tentative d’assassinat du Dr Denis Mukwege, les récentes tueries de Dr Juldo Byamungu de l’hôpital de Kasenga et Dieudonné Manenga du centre hospitalier de Kabimba et tant d’autres sont la liste n’est pas exhaustive, tous lâchement assassines sans aucune suite judiciaire jusqu’à ce jour. Les cas d’exécutions sommaires ne sont pas les seuls abus à décrire lorsque l’on se rappel de la destruction du centre neurochirurgical du couple des Drs Kachungu et de son épouse Raissa Kizungu ou les tractations et accusations abusives et sans fondement juridiques dont le cas du jeune médecin Serge Chirimwami est plus illustratif. Ce dernier est un ancien représentant des étudiants qui comme beaucoup d’autres, a été contraint à l’exile vers le Rwanda alors que sa carrière n’était qu’à son ébauche.

Une justice faible et décourageante

La frustration est d’autant plus accentuée par le disfonctionnement de l’appareil judiciaire congolais dans lequel c’est désormais l’impunité fait la loi. Des enquêtes sans suite, des procès jamais tenus et les quelques procès tenus aboutissent rarement et s’ils aboutissent les malfaiteurs ne purgent presque jamais leurs peines. En RD Congo, les cas d’évasions spectaculaires des prisons se multiplient et cela expose encore plus les victimes. Face à ces géantes failles juridiques et sécuritaire bon nombre des médecins optent pour le chemin de l’exile dans les pays limitrophes de la RD Congo. Ils y sont mais n’y trouvent pas aisément de l’emploi car soumis à une kyrielle des procédures administratives mais il y trouvent quand même la quiétude pour exercer leur art en toute liberté. Pour certains de ces exilés aux pays voisins, dont les accusations de participations aux rebellions, conflits politiciens, règlements de comptes des communautés en conflits… ne sont pas sortis de l’auberge car même là où ils sont, les tractations pour des extraditions floues continuent.

Représentées par la société civile et ONGDHs, les populations jadis soignées par ces médecins victimes de toutes ces situations sus-décrites joignent en chœur leurs voix à celle de l’ordre des médecins de la R.D. Congo pour demander que justice soit rendue aux familles de tous les médecins lâchement assassinés dans le cadre d’exercice de leur métier et que réparation soit faite à tous les confrères et consœurs qui se sont vus calomniés, privés de leurs droits, arbitrairement arrêtés, contrains à l’exile, … Simplement parce qu’ils remplissaient leur devoir de soigner ou celui d’honorer leur serment ou tout simplement le refus d’intentionnellement le briser.

La rédaction

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