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Goma_Manif_Anti_Monusco-photo crédit tiers
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Consolidation de la paix

MONUSCO: Partira ou ne partira pas? Penser le retrait ou repenser le positionnement de la mission onusienne de stabilisation de la RD Congo.

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Au cours du mois d’août 2022, Antony Blinken, Secrétaire d’Etat américain, vient de boucler un périple africain qui l’a amené en Afrique du Sud, en RDC et au Rwanda. La RDC s’est fort réjoui de cette visite en espérant en tirer la condamnation du Rwanda comme agresseur dans l’occupation de son territoire par le groupe armé M23.  Face à cette situation, Hubert Masomeko Nzanzu et Prosper Hamuli Birali deux chercheurs congolais se sont penchés sur le contexte actuel dans lequel le MONUSCO évolue. Deboutrdc. net, vous présente leur réflexion

Une visite pour refroidir la tentative d’hégémonie Russe en Afrique

En effet, cette rébellion, dont les chefs sont décrits par la Haut-Commissaire de l’ONU, Navi Pillay, comme étant parmi les auteurs des pires violations des droits humains en RDC et même dans le monde, a refait surface en novembre 2021 après avoir accusé le Président congolais de ne pas respecter les accords de paix signés en 2013. Depuis juin 2022, elle occupe toute la partie du territoire congolais situé autour du poste douanier de Bunagana à la frontière avec l’Ouganda, un allié à la loyauté dubitative envers la RDC.   Cependant, quelles que soient les préoccupations de l’émissaire américain autour des tensions en Afrique centrale, sa tournée visait plutôt à refroidir la tentative d’hégémonie russe sur le continent africain.

Au cours de la conférence de presse tenue à sa dernière étape au Rwanda, tout en invitant tous les pays de la sous-région à s’engager dans un processus de respect strict des frontières, il a renvoyé congolais et rwandais dos à dos car, pour lui, le principe de base est qu’il ne devrait pas y avoir de soutien venant des gouvernements et des forces armées aux groupes armés comme le M23 et les FDLR.

Des manifestations anti MONUSCO

Du côté des populations, la fin du mois de juillet 2022 a vu plusieurs manifestants en colère envahir les installations de la Monusco à Goma, à Butembo et à Beni au Nord-Kivu.

Ils exprimaient ainsi leur ras-le-bol de l’insécurité persistante que Mathias Gillmann, le porte-parole de cette force onusienne, expulsé par la suite,  qualifie d’endémique après avoir avoué l’incapacité de cette force mandatée par 17 pays contributeurs en hommes et en matériel de bouter hors des frontières congolaises une rébellion venant de l’extérieur. A ce propos, le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutterez, vient de reconnaitre lui-même que :

« les populations ont le désir et la perspective que les forces onusiennes soient capables de battre les mouvements qui les attaquent et de leur garantir la protection. Mais, on est dans une situation extrêmement difficile. Voyez le M23, le M23 a été, comme vous le savez, la raison de ces dernières manifestations, le fait que les Nations Unies ne soient pas capables de battre le M23. La vérité est que le M23 aujourd’hui est une armée moderne avec des équipements lourds qui sont plus perfectionnés que les équipements de la Monusco… et qui viennent de quelque part. Ils ne sont pas nés dans la forêt. »[1]

Dans l’opinion publique congolaise, cette prise de parole au sommet de l’ONU crédibilise le mythe d’une rébellion M23 surarmée et invincible face à un contingent international formé par les soldats de 17 Nations productrices et vendeuses d’armes sophistiquées. Quelle alternative reste aux Congolais victimes de l’invasion d’un M23 ‘’venu de quelque part’’ à l’extérieur du pays ?

Lukwebo met de “l’huile sur le feu”

Et de l’autre côté, pourquoi s’en prendre à une Mission internationale de maintien de la paix dont le mandat est de protéger les populations congolaises et leurs biens ? De passage à l’Est de son pays, Modeste Bahati Lukwebo, Président du Sénat, une institution nationale d’autorité budgétaire en RDC, a adressé aux militants venus l’accueillir un message d’éveil de conscience sur la quasi inutilité de la Monusco. En y réfléchissant,

« Lorsque le président du sénat atterrit à Goma, arrive à Bukavu devant une foule immense de ses partisans et sympathisants et ; ouvertement demande le départ de la MONUSCO ; il demande aux jeunes de se prendre en charge, en dehors des espaces de dialogue, de discussions disponibles entre la RDC et les Nations Unies, cet acte jette de l’huile sur le feu ; c’est contreproductif. Le populisme dans la fièvre électorale en RDC ne fait qu’alimenter le flou, la confusion dans la population victime des conflits armés, qui a besoin des solutions aux problèmes, des solutions durables. »[2]

Des manifestations pour exiger le départ immédiat d’une mission onusienne.

Au lendemain de cet appel du Président du Sénat, une contagion des manifestations populaires a été signalée à Goma, Butembo, Kanyabanyonga, Kasindi dans la Province du Nord-Kivu, et Uvira dans la Province du Sud-Kivu. Le Bilan officiel, communiqué par Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement congolais, fait  état de 36 morts[3], dont 4 casques bleus de la MONUSCO.

Dans son communiqué officiel, Constant Ndima Kongba, gouverneur militaire du Nord-Kivu sous état de siège, parle de ce qui est arrivé :

« suite aux actes de pillage, de vandalisme, de destruction méchante et d’atteinte aux propriétés publiques et privées provoquées par des manifestations anti Monusco non autorisées, j’appelle les populations des villes de Goma, Butembo, Beni et d’autres agglomérations de la Province du Nord-Kivu au calme et à la retenue. Tout en comprenant le ras-le-bol, l’exaspération et le niveau de déception de la population, je juge intolérables et inacceptables les dérapages enregistrés ici et là sur le terrain ainsi que la récupération de la situation par les pêcheurs en eau trouble avec comme conséquences des pertes matérielles et en vies humaines et des blessés parmi les populations civiles, les militaires et policiers ainsi que les casques bleus.

Et d’ajouter:

Face à cette situation très préoccupante et inquiétante, qui doit vite être maîtrisée, j’enjoins la police nationale congolaise et les autres forces de sécurité de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour interdire toutes les manifestations sur la voie publique, rétablir l’ordre dans l’immédiat et remettre les choses dans le droit chemin. »

Ce qui signifie qu’il y a encore beaucoup à faire pour que ces citoyens apprennent à manifester dans les règles de l’art en évitant les dérapages de vandalisme et de pillage.

Sur les antennes de la Radio onusienne OKAPI, Bintou Keita, la Cheffe de la MONUSCO pense au moment de la reprise des activités :

« Cela dit, aux vues de l’hostilité qui a été constante pendant plusieurs semaines et la continuation des menaces sur les réseaux sociaux, je pense en tant qu’agent habilité pour la sûreté et la sécurité, c’est important d’être prudent dans le retour à des activités ;  en sachant que l’impact de la situation qui a été vécue a été traumatisant  pour la population mais aussi pour les personnes qui travaillent au sein de la MONUSCO. »[4]

Des morts de plus

 

En effet, des morts, enterrés officiellement le 05 août 2022, sont enregistrés dans les rangs de manifestants qui ont un instant oublié de penser au but premier de leur  action : une pression pour plus de sécurité. Des personnalités publiques et privées, comme Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, se relayent sur les médias et dans les réseaux sociaux pour décrier des actes contreproductifs pour la paix à l’Est de la RDC.

Cela suite au constat que, au lieu d’incriminer la Monusco, il convient de remarquer que la complexité de la situation sécuritaire dans les Grands Lacs africains vient essentiellement du fait que :

« la régionalisation commence d’abord à ce niveau où certains groupes sont transfrontaliers par les origines. Là je parle des ADF (Forces démocratiques alliée), venues de l’Ouganda. Il y a les FDLR, qui sont dans le Rutshuru, qui viennent du Rwanda. Il y a les RED-Tabara et le FNL qui sont plus au sud, vers la Province du Sud-Kivu, qui sont d’origine burundaise. Evidemment cette présence de groupes d’origine étrangère sur le sol congolais et de groupes qui, en général, se disent hostiles à leur pays d’origine fait que les tensions montent entre différents Etats dont ces groupes sont originaires. »[5]

 

Pour mieux comprendre le carcan où se trouve la Monusco, il faut se rappeler que le maintien de la paix par les Nations unies est coutumièrement reconnu et accepté aujourd’hui comme une partie indispensable de la réplique de la communauté internationale aux menaces contre la paix et la sécurité internationales. De même, l’interdépendance entre États, dans un environnement marqué par l’internationalisation des risques et menaces contre la paix et la sécurité mondiale, justifie l’intégration du maintien de la paix comme un élément cardinal de la politique extérieure de certains pays.

Les opérations de maintien de la paix constituent un instrument de règlement des conflits internationaux et de gestion des crises sur la scène internationale. Elles représentent l’image des Nations Unies aux yeux du grand public et elles symbolisent l’élément déterminant pour guider l’opinion sur l’Organisation des Nations Unies.

Depuis les années 1990, le nombre d’opérations de paix s’est considérablement accru alors même que l’éventail de leurs tâches s’élargissait. Outre l’interposition entre les parties au conflit, les missions de maintien de la paix peuvent notamment avoir pour objectifs : le désarmement et la réinsertion des combattants dans la vie civile, la reconstruction des structures étatiques après le conflit, la protection des droits humains ou le soutien à l’organisation des élections[6].

En poursuivant ces objectifs, les Nations Unies fixent des principes sacro-saints qui doivent guider toutes ses missions dans le monde.

Il s’agit notamment de :

  1. Consentement des parties.

Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies se déploient avec le consentement des principales parties prenantes au conflit. Autrement dit, cela implique  l’adhésion des parties à un processus politique cohérent. Le consentement des principales parties permet aux Nations Unies, dans ses opérations de maintien de la paix, d’avoir la liberté d’action politique et physique dont elles ont besoin pour accomplir les fonctions prévues par leur mandat. Faute de consentement, une opération de maintien de la paix peut faire face aux risques graves de se voir impliquée dans le conflit et surtout de s’éloigner de la vocation première qui est celle du maintien de la paix[7].  Par ailleurs, le consentement des parties, surtout des acteurs étatiques, ne garantit pas l’acceptation sociologique de la mission par les acteurs locaux. Il s’avère que le problème de l’universalité du consentement se pose avec beaucoup d’acuité, surtout dans les milieux hostiles caractérisés par des groupes armés incontrôlés ou une population hostile à la mission.

  1. Impartialité

L’impartialité est une notion très importante dans les opérations de maintien de la paix, car, pour des raisons de coopération avec toutes les parties, les membres de la mission ont l’obligation de rester impartiaux. Par ailleurs, cette impartialité ne signifie pas que la mission devra rester amorphe par rapport à l’application de son mandat. La nécessité d’être équitable envers toutes les parties ne peut pas justifier l’inaction face à des comportements clairement nuisibles au processus de paix[8].

Par  Hubert Masomeko Nzanzu et Prosper Hamuli Birali

Sources:

[1] Entretien du Secrétaire Général de l’ONU avec les journalistes de France 24 et RFI, consulté ce 10.09.2022 à 16h37 sur Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU: «J’espère que la CPI va pouvoir enquêter sur Izioum» – Invité international (rfi.fr)

[2] Extrait de l’Analyse succincte sur les messages de demande de départ de la Monusco produite le 25/07/2022 et partagée dans le mailing list de l’ONG Solidarité des Volontaires pour l’Humanité basée à Baraka au Sud-Kivu. : ong_svh@yahoo.fr

[3] Ces chiffres ont été donnés par une commission gouvernementale spéciale qui a établi «un bilan lourd de 36 morts répartit comme suit : 13 morts à Goma, 13 morts à Butembo dont 4 casques bleus, 4 morts à Uvira, 3 morts à Kanyabaonga et 3 morts à Kasindi», a écrit le ministre Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, rapporte LE FIGARO RDC : 36 morts, nouveau bilan officiel des manifestations anti-ONU dans l’Est (lefigaro.fr)

[4] Manifestations anti-MONUSCO : Bintou Keita réconforte le personnel de la mission onusienne à Beni | Radio Okapi , consulté le 30/08/2022 à 9h38

[5] Propos de Sematumba Onesphore de International Crisis Group extrait de son intervention sur You Tube (285) Tensions dans la région des Grands-Lacs | Turmoil in the Great Lakes – YouTube Lue ce jeudi, 11/08/2022 à 13h10

[6] M. LUNTUMBUE, « contribuer à la génération de force des omp de demain ? fractures capacitaires et défis des pays contributeurs », In Recueil de 20 publications de l’Observatoire Boutros-Ghali (2017-2020), P.12

[7] Principes du maintien de la paix, Disponible sur https://peacekeeping.un.org/fr/principes-of-peacekeeping, consulté en date du 13 Août 2022 à 10h20

[8] A. ONKELINX, Les missions du maintien de la paix de L’ONU : Rapport, Assemblée parlementaire de la francophonie, Erevan, 2018, P. 12

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