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Rassemblement à la Place de l'Indépendance à Bukavu le 1er février 2023, lors de la marche de la Société civile contre la balkanisation de la RDC et l'agression rwandaise. Ph. crédit tiers
Rassemblement à la Place de l'Indépendance à Bukavu le 1er février 2023, lors de la marche de la Société civile contre la balkanisation de la RDC et l'agression rwandaise. Ph. crédit tiers
InsécuritéPolitique

Agression Rwandaise en RDC Congo: Vous pouvez arrêter cette guerre !

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La Société Civile du Nord-Kivu s’exprime

Le 27 janvier 2023, à Goma, chef-lieu de la Province du Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo, un représentant de la Société civile de cette Province décrit et analyse la situation de guerre que connait la Province.

Qu’est-ce que vous êtes en train de vivre au Nord-Kivu?

Cela fait maintenant bientôt trente ans qu’ici chez nous au Nord-Kivu, nous vivons une situation d’insécurité récurrente. En tant qu’acteurs de la Société civile nous avons toujours répertorié quatre grandes causes de l’insécurité à l’Est :

  • la recherche de l’identité
  • la recherche de la terre
  • la recherche du pouvoir
  • la recherche des ressources naturelles, y-compris les minerais.

Pour le cas précis de l’insécurité que nous vivons dans les territoires entourant Goma, c’est une guerre d’agression. Déjà en juillet 2021, quand les terroristes du M23 avaient commencé leurs attaques dans le Sabinyo, nous, en tant que Société civile, l’avions dénoncé ; quelques mois après, ils avaient même abattu un hélicoptère de la Monusco, drame dont on a peu parlé. Ensuite ils ont commencé à conquérir des espaces, en commençant dans des villages du territoire de Rutshuru : Bunagana, Rutshuru, Kiwanja… Partis vers le village de Kishishe, ils y ont tué plus de deux cent personnes, et ensuite ils ont continué à Bambo, toujours dans le Rutshuru, en chefferie de Bwito. Ils ont fait déplacer les gens et aujourd’hui des milliers de ménages sont dans des camps de déplacés dans les alentours de Goma, sans assistance adéquate : des enfants, des mamans, des vieilles sont en train de souffrir ; des enfants n’étudient plus depuis une année dans certains milieux du territoire de Rutshuru.

Le HCR n’est pas intervenu ?

Le HCR et d’autres agences du système des Nations unies interviennent à la limite de leurs moyens, mais le besoin est énorme et s’accroit du jour au jour. Pas plus tard qu’hier, une grande agglomération du territoire de Masisi, la cité de Kitchanga, est passée sous l’emprise des terroristes du M23 avec leur allié, la RDF (Rwanda Défence Force), l’armée rwandaise. Les déplacés qui avaient cherché refuge à Kitchanga, à l’heure actuelle, sont devant la Monusco ; d’autres sont partis vers Mwesso, Pinga… et sont sans assistance aucune. La situation que nous sommes en train de traverser est vraiment alarmante. La ville de Goma devient de plus en plus couteuse. Avant que cette guerre ne commence, quand la route nationale n° 2 n’était pas encore bloquée par les pseudo-M23/RDF, on pouvait acheter 100 kilos de haricots à moins de 75 $, mais actuellement le prix est de plus de 150 $. Les prix ont plus que doublé, et c’est la population qui en pâtit.

 Y a-t-il des responsabilités internationales dans cette situation ?

Nous, en tant que Société civile, nous disons que la Communauté internationale est complice quelque part : comment autrement expliquer qu’un petit pays comme le Rwanda puisse se donner le luxe de venir nous imposer cette guerre et cette insécurité ? Tout le monde est en train de le condamner seulement verbalement, sans prendre les sanctions qui s’imposent, afin qu’il ne continue pas à insécuriser les autres pays.

La complicité de la Communauté internationale est motivée par les multinationales qui préfèrent coopérer avec le Rwanda plutôt qu’avec la RD Congo. Parfois nous questionnons les diplomates et d’autres leaders même au niveau mondial : comment est-ce possible qu’un pays comme le Rwanda puisse être classé parmi les pays qui produisent l’or ou le coltan, alors qu’il n’y a aucun de ces gisements ? Ces multinationales, évidemment soutenues par leurs Etats, qui sont les grandes puissances, sont à la base de notre misère, et nous sommes en train de mal digérer cela.

La loi sur la traçabilité des minerais que l’Union européenne s’est donnée en 2021 n’a pas eu d’effets ?

Je peux dire qu’elle n’a pas eu d’effets, car les gens ont commencé à frauder d’une manière insoupçonnable : on a intercepté des minerais même dans les pneus des véhicules qui traversaient la frontière ; dans des bidons, qu’on déclarait remplis d’eau, outre que par le lac, et de l’autre côté de la frontière on mettait des étiquettes. C’était une fraude organisée. Il est vrai, nos frontières sont poreuses … mais ce que nous reprochons à la Communauté internationale c’est d’accepter les produits d’un pays qui n’en a pas : nous disons que c’est une complicité quelque part.

Y a-t-il un lien entre les massacres opérés au Nord-Kivu et en Ituri attribués aux ADF et la guerre que vous êtes en train de connaitre ?

Oui, il y a un lien. Ils ont le même mode opératoire. A part cela, quand on commençait à dire que les auteurs des massacres à Beni et en Ituri ce sont les Hutus venant du Masisi ou de Rutshuru, nous qui vivons dans ces milieux nous n’avons jamais vu une population en masse qui se déplace pour aller vers Béni ou vers l’Ituri. Nous avons compris que c’était un jeu monté quelque part : il y a des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) qui sont rapatriés du Congo au Rwanda avec leurs familles : au lieu d’y rester, ils reviennent à nouveau ici chez nous avec mission de conquérir ces espaces. Ce sont ces gens quelques fois qui se dirigent vers la Province orientale et le nord de la province du Nord-Kivu, et ce sont eux qui continuent à tuer la population dans le grand Nord.

Ils sont à la recherche de la terre, mais en même temps de l’identité, car ils doivent se faire passer en disant que ce sont des Banyabwisha, au moment où ils ne le sont pas : il y a là un arbre qui cache la forêt. Ils sont en train de chasser la population de leur milieu d’origine pour qu’elle aille s’entasser dans de grandes agglomérations.

Même si on a vécu trente ans dans la guerre, nous n’avions jamais connu des massacres pareils, où on tue les gens en les coupant à la machette et c’est la même chose qui commence à se vérifier même dans le Rutshuru.

Mais, au fond, Kagamé, que cherche-t-il par cette guerre, alors qu’il profitait déjà des richesses du Congo ?

Nous n’avions pas compris pourquoi le Rwanda et l’Ouganda à un certain moment ont commencé même à construire des raffineries d’or chez eux, alors qu’ils n’en ont pas dans leur sous-sol. Cela signifie qu’ils se préparaient à faire du vol, et c’est ce qu’ils sont en train de faire : ils nous imposent une guerre seulement dans le but de piller nos ressources. Aujourd’hui, ils ont accédé au territoire de Masisi pour atteindre nos gisements d’or, de cassitérite, de coltan, pour les exporter et créer des réserves chez eux. C’est ce qu’ils ont toujours fait.

Est-ce que le pillage s’accompagne aussi à un projet de balkanisation ?

Bien évidemment. Ils ont un pays surpeuplé, pauvre : ils veulent nous laisser dans cette insécurité pour avoir une mainmise sur cette partie du territoire, balkaniser l’Est de notre pays pour profiter de sa richesse.

Si vous aviez devant vous les grands de ce monde, qu’est-ce que vous leur diriez ?

Je leur recommanderais de cesser de coopérer avec des génocidaires, parce que chez nous au Congo nous venons de perdre dans les guerres, qui nous ont été imposées à partir de 1996, plus de 12 millions d’habitants. On n’a jamais parlé de ce génocide-là : la Communauté internationale se tait.

La Communauté internationale doit tout d’abord sanctionner le Rwanda, parce que tous les rapports des spécialistes, des enquêteurs de l’ONU, le Rapport Mapping, ont toujours parlé de l’implication du Rwanda dans le pillage des ressources naturelles de notre pays et dans les massacres aussi. Si elle ne le fait pas, nous disons qu’effectivement il y a une complicité. Et nous avons toujours demandé qu’il y ait un Tribunal spécial pour juger tous ces criminels impliqués dans les massacres qui se font à l’Est du pays.

Si rien n’est fait, comment pensez-vous que la situation évoluera ?

La situation est en train de dégénérer, plus que dans les années passées. Si rien n’est fait, nous risquons un soulèvement populaire et quand il se fera, je crois que dans la région des Grands Lacs il y aura un problème très sérieux. C’est pourquoi nous demandons à la Communauté internationale de prendre des dispositions le plus tôt possible, avant que le pire n’arrive : qu’on arrête cette guerre d’agression par laquelle le Rwanda agresse notre pays. Nous n’avons pas besoin d’une armée de secours, mais d’injonctions et de sanctions fermes de la part de la Communauté internationale.

Début décembre dernier, l’UE a décidé de donner 20 millions de dollars au Rwanda : qu’en pensez-vous ?

C’est une façon de continuer à entretenir le malheur de nous Congolais. S’ils sont conscients que ce sont les Rwandais qui agressent le Congo, ils doivent sanctionner le Rwanda, en coupant toutes les aides. Continuer le partenariat avec le Rwanda c’est continuer à contribuer au malheur des Congolais, au massacre des Congolais.

Le peuple congolais souhaite-t-il que le Président Tshisekedi déclare la guerre au Rwanda ?

Je le crois. Aujourd’hui la population congolaise est en train de dire au gouvernement : « Si nous avons des dirigeants, pourquoi devons-nous continuer à être humiliés par un petit Etat comme le Rwanda ? Nous en avons marre, la souffrance est presqu’au bout, il faut déclarer une guerre contre le Rwanda ». Et si le gouvernement ne le fait pas, un jour on se réveillera et on verra que la population congolaise est en train de traverser elle-même la frontière pour s’attaquer au Rwanda …

Or, cela pourrait être évité…

Effectivement, c’est ce qu’il faut éviter. Nous n’allons pas toujours accepter d’être contraints de fuir nos milieux… Nous travaillons et les autres viennent piller nos biens ; c’est ce qui se passe pour la population déplacée : le M23 pille les produits champêtres, leurs biens. Et aujourd’hui s’ils sont en train de tout faire pour entrer dans la ville de Goma, c’est tout simplement pour venir piller.

Aujourd’hui ils sont en train d’isoler la ville et effectivement sa population souffre énormément, surtout qu’elle vit avec le revenu journalier. C’est vouloir nous tuer vivants ! Nous sommes en train de lancer un cri d’alarme afin que le Rwanda puisse cesser la guerre d’agression qu’il veut nous imposer. Nous, peuple congolais, nous sommes un peuple hospitalier, nous aimons la paix, mais quand ils veulent nous faire ce qu’ils sont en train de nous faire, commencer à se développer un autre esprit dans nous les Congolais, ce qui risquerait d’engendrer des actes que le Communauté internationale ne serait à mesure de maitriser.

Rédation

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