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Ecriture braille_Photo d'illustration_crédit tiers.
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Consolidation de la paix

Élections en RDC : L’adaptation des matériels de vote, une nécessité pour capitaliser les votes des femmes malvoyantes

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La République Démocratique du Congo est dans une fièvre électorale cette année 2023. Ce sera le 4ème exercice électoral après ceux de 2006, 2011 et 2018. De tous ces cycles électoraux, c’est au cours de l’actuel, prévu en décembre cette année, que la législation est venue favoriser la participation massive des femmes et filles. Une situation qui vient impulser les femmes à participer massivement aux élections prochaines. Désormais, les femmes de toutes les catégories ne jurent que pour une meilleure représentativité dans les institutions issues des élections. Les personnes vivant avec handicap en général et les femmes malvoyantes en particulier, plaident pour une adaptation des matériels de vote pour une participation massive des femmes malvoyantes dans le processus électoral.

Pascasie Bita Bya Ngoy, malvoyante de son état, nous explique qu’à défaut des matériels de vote adaptés avec l’intégration de l’écriture braille à leur catégorie, les femmes malvoyantes affirment n’avoir pas totalement confiance aux votes qu’elles opèrent assistées par les guides qui les accompagnent dans les urnes.

« C’est vrai que la CENI nous demande de venir avec des guides de confiance, mais pour nous, cela ne suffit pas car ce guide peut toujours nous tromper et on ne saura rien ».

Avant les années 2000, les aveugles en général et ceux du Sud-Kivu en particulier, rencontraient des difficultés de communiquer avec d’autres catégories de personnes. L’écriture braille, une écriture des aveugles basée sur le sens et le touché, est venue pallier les problèmes de communication que rencontraient les malvoyants du monde entier. Plus de 200 ans après son invention, l’écriture de Louis Braille semble offrir une seconde chance à cette catégorie de personne.

L’absence de cette écriture dans le processus électoral constitue, cependant, un frein pour les femmes malvoyantes et un défi majeur dans la capitalisation des voix de vote des femmes malvoyantes en faveur d’autres femmes candidates.

« C’est depuis longtemps que nous demandons à la CENI de mettre aussi l’écriture braille dans ses documents car, plusieurs centres de formation en braille sont accessibles aux malvoyantes mais en vain. Nous avons aussi proposé que l’on nous donne des écouteurs afin qu’une fois que l’on termine de voter, la machine nous dise le nom de la personne votée », plaide Pascasie Bita Bya Ngoy.

Et d’où provient la base légale ?

Visiblement, les personnes vivant avec handicap sont protégées par plusieurs textes légaux tant au niveau national qu’international.

C’est par exemple la convention des Nations unies relative aux personnes vivant avec handicap en son article 22 qui stipule que, les Etats ont l’obligation de faire participer les personnes vivant avec handicap à la gestion politique. A cela s’ajoute, la charte africaine des droits de l’Homme relative aux personnes vivant avec handicap en Afrique. Son article 21, point C, stipule que les Etats doivent mettre en place des mécanismes nécessaires pour faciliter la participation électorale des PVH.

En RDC, en 2022; le Président Félix Tshisekedi a promulgué la loi organique du 03 mai 2022 portant protection et promotion des personnes vivant avec handicap. Cette loi, à son article 18 stipule que : « La personne avec handicap a droit aux mesures et procédures spécifiques de vote. L’Etat disponibilise les équipements et matériaux adaptés, accessibles et facile à comprendre et à utiliser aux fins de garantir le plein exercice du droit de vote à la personne avec handicap ».

Au regard de toutes les dispositions légales citées ci-haut, Vianey Fikiri, Responsable provincial du noyau provincial des organisations des personnes avec handicap au Sud-Kivu et Coordonnateur de l’organisation SOS Handicap, estime que la CENI devrait mettre en application l’article 18 de la loi organique promulgué par le chef de l’Etat afin que les femmes malvoyants choisissent les candidats de leur choix.

« Avec l’existence de la loi organique, la CENI devrait en principe mettre en place des dispositions pouvant permettre aux malvoyants de remplir leur droit de vote en toute aisance. Et cela permettrait aux malvoyantes d’avoir confiance dans le processus électoral. Vous allez vous rendre compte que jusque-là, l’écriture braille n’est pas encore incorporée dans les dispositifs de la CENI même les outils de communication, rien n’est encore adapté aux personnes malvoyantes. Donc il y’a encore un sérieux problème par rapport à la participation des malvoyants dans le processus électoral en RDC ».

Visiblement, l’absence de l’écriture braille dans toutes les étapes du processus électoral constitue un frein aux personnes malvoyantes et aux femmes de cette catégorie en particulier, pour remplir leur droit de vote en toute sécurité. Mais aussi, cette écriture pourrait permettre à d’autres femmes d’accroître leur score à certains postes électifs en comptant sur les votes de leurs consoeurs femmes malvoyantes.

Les malvoyants continuent de plaider pour son introduction dans ce cycle électoral afin de respecter non seulement l’esprit de la loi organique du 03 mai 2022 promulguée par le chef de l’Etat, mais aussi à jouir pleinement de leurs droits comme tout citoyen du pays.

Vianney Firkiri ajoute que :

« Pour les cas des mal entendants ou sourdes il y a déjà un glossaire électoral qui sera présent dans les bureaux de vote ou dans les sensibilisations de la CENI, pour les permettre à suivre tout le processus électoral mais pour les malvoyants jusque-là, rien n’est fait ».

Ce dernier recommande à la Ceni de mettre un accent particulier sur les femmes malvoyantes car la prise en compte de l’écriture braille dans le processus électoral, les protégeraient de toutes formes de discrimination dont elles sont victimes. Mais aussi, l’adaptation des différents matériels de vote selon la demande des femmes malvoyantes jouerait sur la participation croissante des femmes aux postes politiques.

Gaudens Maheshe, secrétaire exécutif de la CENI au Sud-Kivu, reconnaît que ces défis persistent chez les malvoyantes mais souligne que les plaidoyers continuent au niveau national afin de répondre favorablement aux demandes de cette catégorie de personnes.

Électeur ou candidat, les personnes avec handicap ne sont pas exclues.

« Il n’y a aucune interdiction juridique qui interdit les personnes vivant avec handicap à postuler ou à élire. Nulle part la mobilité réduite n’est un frein dans le processus électoral. C’est vrai aussi que la CENI n’a pas encore pris de mesures palliatives aux recommandations des malvoyants. Mais leur droit de vote est protégé car en cas de tromperie du guide choisie à la personne malvoyante, celui-ci est passible de sanctions », Oswald Rubasha, expert électoral.

Il espère que pour les réformes électorales prochaines, les parlementaires pourraient voir comment légiféré sur l’écriture braille afin que les malvoyants commencent à voter en toute sécurité.

Malgré la présence de la nouvelle loi électorale qui offre plus d’opportunité aux partis politiques qui vont aligner plus de femme dans ce processus électoral, les femmes malvoyantes continuent à se sentir écarter. Dans les partis politiques et tous le circuit politique, la femme malvoyante n’a pas une façon de communiquer aisément avec une autre catégorie de personne sans son écriture « braille ».

Mais cela, n’empêche pas Pascasie Bita Bya Ngoy, Coordinatrice de l’association des femmes aveugle du sud-kivu, AFASKI en sigle, à rester déterminée à apporter sa part dans la gestion du pays.

« Je vais me porter candidate à la commune d’Ibanda comme conseillère communale. Je veux commencer à partir de la commune pour ensuite évoluer petit à petit jusqu’aux grands postes politiques », dit-elle.

 Esther Kanga, JDH.

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