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Hôpital Général de Référence de Lemera, au Sud-Kivu en RDC. Photo crédit DEBOUTRDC_23 mai 2022
Hôpital Général de Référence de Lemera, au Sud-Kivu en RDC. Photo crédit DEBOUTRDC_23 mai 2022
Justice

RDC : Massacre de Lemera : rescapé, le Dr Denis Mukwege demande que les auteurs soient jugés

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« Depuis les événements de 1996, je n’ai jamais eu de réponse pourquoi tuer des malades dans leurs lits »

Denis Mukwege

Le 06 octobre 1996, trente-sept  personnes ont été massacrées à l’hôpital de Lemera,  dans la chefferie de Bafuliiru, territoire d’Uvira, en province du Sud-Kivu dans l’Est de la RD Congo. Un massacre qui se produit en RD Congo au lendemain du génocide en République du Rwanda, pays voisin.

Ce 06 octobre 2022, soit 26 ans plus tard, Denis Mukwege Mukengere est revenu sur cet événement macabre pour exiger que justice soit rendue pour les victimes.

Sur son compte Twitter, le gynécologue Congolais et Prix Nobel de la Paix 2018, témoin du massacre, dénonce une « violation du droit international humanitaire » ; une violation dans laquelle le personnel médical, hommes et femmes, a été tué dans les enceintes de l’hôpital et des malades alités ont été exécutés. Témoin de cet événement, Denis Mukwege n’oubliera jamais ce crime imprescriptible pour lequel il demande que les auteurs soient jugés.

 

Les auteurs du massacre

Le premier massacre qui s’est commis c’était ici à l’hôpital [de Lemera, ndlr]. La guerre avait pratiquement commencé ici. Au début de la guerre, des rebelles congolais et des militaires rwandais ont envahi l’hôpital et ont massacré les malades dans leurs lits. Les survivants, dans la peur, ont creusé la fosse commune ici où nous sommes pour y enterrer les corps.

Témoignage du Dr Denis Mukwege, dans L‘Homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate, un film documentaire belge réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman, sorti en avril 2015.

L’impunité : il n’y a jamais eu de poursuites judiciaires !

Hôpital Général de Référence de Lemera, au Sud-Kivu en RDC. Photo crédit DEBOUTRDC_23 mai 2022
Pancarte de l’Hôpital Général de Référence de Lemera, au Sud-Kivu en RDC. Photo crédit DEBOUTRDC_23 mai 2022

Quoique les présumés auteurs de ce massacre soient identifiés, la justice congolaise traine les pas. Personne n’a jamais été inquiété pour ce crime et pour tous les autres qui se sont commis sur divers autres sites dont Kaniola, Makobola, Kavumu, Katogota, Kabare, Bunyakiri, Bukavu, Mambasa et tant d’autres en RD Congo. Ce qui maintient le cycle des violences au pays.

Je crois que le début de l’impunité c’est ici ! Lorsque quelqu’un peut se permettre de tuer un malade dans son lit et qu’il ne soit pas poursuivi pour un tel crime, je crois que ça traduit tout ce que nous vivons aujourd’hui, dit Mukwege dans ce documentaire.

Plaidoyer pour une justice transitionnelle en RDC

Vu le degré d’impunité en RD Congo et le besoin pour la vérité, la justice, la réparation pour les victimes et la réforme institutionnelle, les activistes et les organisations des droits humains Congolais mènent un plaidoyer acharné afin que le pays adopte une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle, gage d’une paix durable. Chef de file dans ces actions de plaidoyer, le Prix Nobel Congolais insiste sur la mise en application des recommandations du Rapport Mapping des Nations Unies.

Ce rapport rédigé à l’issue d’une enquête « professionnelle et rigoureuse » sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo a été publié le 1er octobre 2010 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCNUDH). Il fait un inventaire des 617 incidents les plus violents commis en RDC durant la période de 1993 à 2003.

Cette enquête nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs. Mais quoiqu’éludés, ces auteurs sont connus. Leurs noms figurent bel et bien dans une base de données confidentielle gardée par le HCNUDH.

Il revient aux autorités congolaises d’initier des mécanismes demandant l’instauration de la justice transitionnelle en RD Congo pour traiter ces graves crimes et violations et juger les auteurs.

Il sied de noter que plusieurs défenseurs des droits de l’Homme et journalistes sont, comme Dr Mukwege, menacés pour leur rôle dans la demande de la justice pour les victimes et survivants de violations graves et crimes de masse commis en RDC.

Lire aussi: Si tu cries, je te tue : quand les femmes payent le lourd tribut des conflits armés à Salamabila/Maniema

Ahana Bryan

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