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Haricot sec sur une mesure locale dite "namaha" (1,5 Kg), au marché de Katana à Kabare au Sud-Kivu_26 avril 2023. Photo © deboutrdc.net
Haricot sec sur une mesure locale dite "namaha" (1,5 Kg), au marché de Katana à Kabare au Sud-Kivu_26 avril 2023. Photo © deboutrdc.net
Economie

SUD-KIVU : Hausse vertigineuse des prix de haricot et du soja à Kabare Nord

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Les prix des produits agricoles prennent de l’envol dans la Province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Cette hausse se fait sentir spécialement à Kabare Nord dans les groupements de Bushumba, Bugorhe et Irhambi Katana. Denrées quotidiennement à table, le haricot et le soja ont vu leurs prix galoper. Une mesure de haricot se négocie à 5000 francs congolais, soit 2,3 dollars américains. Celle de maïs à 2300 FC et  celle de soja à 3000 FC. Une situation alarmante qui expose les habitants de ces coins de la province à la famine.

Un sol riche mais les habitants « meurent de faim »

La partie Nord du Territoire de Kabare, la contrée qui abrite l’aéroport national de Kavumu, est un coin fertile avec un sol volcanique. La complicité naturelle fait de cette partie une des zones bénéficiant d’un climat doux de par sa situation géographique entre le Parc National de Kahuzi-Biega et le lac Kivu. A cette bénédiction s’ajoute la présence de la route nationale numéro 2, une ceinture qui traverse le territoire pour relier la ville de Bukavu à celle de Goma. Il s’agit d’une belle opportunité d’affaire, malgré son état plus ou moins déplorable. Nonobstant ces atouts, la production agricole est restée au bas de l’échelle conduisant ainsi à la faim.

De Katana à Mushweshwe, un parcours des combattants

Pour comprendre la situation de hausse de prix des produits agricoles, notre équipe de rédaction s’est rendue à Mushweshwe sur la littorale du lac Kivu, une zone aussi riche que fertile. Pour atteindre Mushweshwe, il faut emprunter la route Katana. De Katana à Mushweshwe en passant par FOMULAC et Luhihi, la route est dans un état de délabrement. Le moyen de transport pratique n’est autre que des jeeps 4 x4 ou la moto. Ici, le journaliste ne se paie pas la jeep. A moto, c’est souvent deux ou trois personnes en plus du condicteur. Tu n’es pas d’accord, tu paies 5000 francs pour chaque « passager absent ». Bien entendu, c’est sur une distance d’environ 30 Km.

Route de desserte agricole en RDC_Photo d'illustration_©tiers
Route de desserte agricole en RDC_Photo d’illustration_©tiers

Après plus de 55 minutes de voyage, nous sommes arrivés à Mushweswhe où nous rencontrons Badesire Mugabo Victor, Président du Conseil d’Administration de la Coopérative des Producteurs Rhuheke Kuguma,  COOPARU Mushweshwe. Ici, nous sommes au centre du village Nyabulongwe à 60 Km au nord de la ville de Bukavu.

Pour lui, la hausse des prix des produits agricoles est consécutive à une maigre production de la saison A.

« La production n’a pas été bonne. Les agriculteurs ont fait face à beaucoup de soleil. Pas de production de haricot, même chose pour le soja. Le prix a augmenté. Une mesure de haricot se négocie à 5000 contrairement à l’année passée où elle se négociait à  2500 FC »,

Comme le haricot, le prix du soja a aussi prix de l’ascenseur. L’année passée, une mesure était vendue à 1500 FC mais aujourd’hui, il faut 2500 FC, voire 3000, pour la même mesure.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation qui inquiète plus d’un habitant. D’un côté, la hausse des prix est due à la mauvaise récolte due à la rareté de pluies dans la zone. De l’autre, c’est dû au manque d’encadrement des paysans qui se retrouvent piégés par le changement climatique sans accompagnement des services publics habilités afin de prévenir le pire.

« Il y a eu perturbations climatiques, les gens ont cultivé avant  la pluie. Ce qui a compliqué », ajoute un agriculteur rencontré à Luhihi».

Kabare non épargné de la guerre du M23 qui secoue le Nord-Kivu

En plus des victimes qui tombent sous les coups de balle dans les zones occupées par les rebelles du M23 dans la province voisine du Nord-Kivu, d’autres victimes de la famine sont comptés en grand nombre, entendu que le Nord-Kivu est un grand grenier de l’Est de la RDC. Les effets de cette guerre se font sentir à Kabare aussi, à plus de 150 Km de Goma.

En effet, les guerres qui ont endeuillé le Sud-Kivu en général et le territoire de Kabare en particulier ont exercé une pression démographique sur les grands centres commerciaux de Mudaka, Miti, Kavumu, Katana et Kabamba. Les localités abandonnées ne peuvent plus produire. Les paysans sont obligés de vivre dans ces centres peuplés où ils doivent désormais se conformer au nouveau mode de vie : payer les légumes, les fruits, l’eau,…

Une forte demande des produits agricoles se fait alors sentir. Les quelques villages peu stables ne peuvent malheureusement pas répondre à la forte demande seuls. Dès lors, la province du Nord-Kivu joue un rôle important.

« Le haricot que nous consommons vient de Goma. A cause de la guerre du M23, cette denrée et de plus en plus rare sur le marché et par conséquent, le prix a grimpé », regrette un acteur de la société civile du milieu.

Bientôt la récolte de la saison B

Haricot frai au marché de Katana à Kabare au Sud-Kivu_26 avril 2023. Photo © deboutrdc.net
Haricot frais au marché de Katana à Kabare au Sud-Kivu_26 avril 2023. Photo © deboutrdc.net

Face à une forte crise financière, les agriculteurs de Kabare Nord n’ont rien à attendre. A quelques jours de la récolte de la saison B, ils préfèrent vendre le haricot quand il est encore frais. Ce 28 avril 2023, une mesure de haricot frais coûte la moitié comparativement au haricot sec.

Rien à faire ! Ce qui compte c’est réunir quelques sous de son champ avant la période de battage et séchage.

« Cette catégorie rapporte un peu d’argent avant la récolte proprement dite. Et ne vous demande pas beaucoup de travail. C’est du champ à la marmite»,

fait savoir Prosper, responsable de l’entreprise agricole Ekagri à Katana.

Comme toutes les périodes de récolte, Prosper espère bien qu’il y aura baisse du prix de haricot pendant le battage qui commence dans quelques jours.

Des agriculteurs oubliés

Pour pallier ces difficultés auxquelles font face les habitants de Kabare, bien des acteurs du développement sollicitent l’implication des autorités pour l’encadrement des agriculteurs.

« Les agriculteurs d’ici chez nous ne sont pas encadrés. Ils ne reçoivent aucune subvention de l’Etat ou des ONGs. Ils utilisent les mêmes techniques agricoles depuis des décennies. Ce qui fait qu’ils produisent peu et difficilement. Notre coopérative essaie d’accompagner nos membres mais par manque de moyen, nos interventions sont insignifiantes »,

regrette Gaspard Bizimana, gérant de la Coopérative de Développement de Kabare, COODERKA, une coopérative agricole ayant son siège au centre de Luhihi, en territoire de Kabre, vers le lac Kivu.

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